Pop culture : Trois ans d’immersion dans un café

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Pierrick Bourgault vient de présenter à Paris un long-métrage consacré à « La Mère Lapipe », la patronne d’un petit café du Mans, décédée en 2022. Ce documentaire ethnographique sur un personnage haut en couleur témoigne de l’importance du rôle social des bistrots et cafés.

immersion café
L'affiche du film “Le fabuleux bistrot de Jeannine” et son ouvrage La Mère Lapipe au Café du coin, illustré par Gab (2025, Ouest France).

Pierrick Bourgault avait déjà écrit deux livres sur Jeannine Brunet, dite la Mère Lapipe, patronne du Café du coin, au Mans (Sarthe). Il vient de lui consacrer un documentaire long-métrage. C’est l’aboutissement de trois ans d’immersion avec « La Mère Lapipe, son chien et ses amis ».

Passionné par l’univers des cafés, Pierrick Bourgault a tissé un lien privilégié avec Jeannine Brunet. Un personnage haut en couleur qui, jusqu’à 80 ans passés, a exploité ce petit bar urbain. Chaque soir, une ambiance se formait autour du comptoir, comme l’explique le réalisateur. « Au départ, je me contentais de faire des photos dans le bistrot et je trouvais que les gens étaient beaux. Plus tard, j’ai compris que c’était parce qu’ils étaient heureux. » Avec sa gouaille, son énergie, ses répliques sans appel, ses coups de gueule, la Mère Lapipe animait les tablées en sifflant les fonds de tournées de « pét-pét ».

Au Café du coin, on dansait, on chantait, on riait. Et bien sûr on buvait un peu plus que de raison. Avec beaucoup de sensibilité, Pierrick Bourgault nous révèle ainsi, derrière l’exubérance de la Mère Lapipe, la fêlure profonde causée par la mort prématurée d’un fils. Elle prenait un soin particulier pour ceux qui avaient été cabossés par la vie. Un étudiant confie que, « au Café du coin, les soucis, tout le monde les laisse à l’entrée ». « Ici, il n’y a pas de filtre, il n’y a pas de limite », analyse Alain Fontaine, président de l’Association bistrots et cafés de France.

Un film à la portée ethnographique

La presse locale évoquait souvent la Mère Lapipe. Elle a en effet eu les honneurs de journaux télévisés nationaux et des réseaux sociaux. Son décès, le 2 septembre 2022, fut abondamment commenté. Stéphane Le Foll, maire du Mans, a participé à l’hommage qui lui a été rendu après son décès. Il a fait récemment voter la décision de baptiser une allée à son nom dans le futur quartier Astella.

Après avoir été diffusé dans plusieurs cinémas de Mayenne et de la Sarthe, le film a été présenté pour la première fois à Paris, le 9 mars, à l’auditorium du siège de Pernod Ricard. Ce long-métrage devrait ensuite poursuivre son chemin à travers les festivals. Alain Fontaine assistait à cette avant-première. L’association qu’il préside soutient ce témoignage ethnographique sur le rôle social des cafés. « Il s’y passe quelque chose qui nous dépasse, a-t-il rappelé. On s’y rend pour la rencontre et le partage. »
Il a aussi souligné la fragilité de ces établissements : « En 20 ans, 1.000 bistrots ont disparu à Paris. »

À chacun de ses passages au Mans, Pierrick Bourgault filmait Jeannine en train de baisser le rideau. Un soir, la patronne n’a pas souhaité qu’il le fasse. Pressentant sans doute de manière prémonitoire le poids symbolique de l’image. Après sa disparition, le Café du coin a définitivement fermé. Il abriterait aujourd’hui un appartement Airbnb. Parmi ces patronnes de légende qui, jusqu’à leur dernier souffle, maintiennent l’esprit du zinc, on pourrait citer Lulu à Aurillac (Cantal), ou encore Madame Paulo (Solange Serre, de son nom) au P’tit bar sur le boulevard Richard-Lenoir (Paris 11e). Leur absence nous fait croire que les cimetières sont vraiment peuplés de gens irremplaçables.

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