L’édito d’Alice Mariette, rédactrice en cheffe de Au Cœur du CHR, analyse le conflit qui oppose l’enseigne Master poulet et la municipalité de Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).
L’ouverture d’un Master Poulet juste en face de la mairie de Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) a déclenché un conflit inédit entre l’enseigne de restauration rapide et le maire Karim Bouamrane. Celui-ci s’opposant fermement à l’installation de cette chaîne à bas prix spécialisée dans le poulet.
Contrôles administratifs répétés, fermeture temporaire de l’établissement, installation de blocs de béton, puis de larges pots de fleurs devant la façade… Dès l’ouverture, la municipalité a multiplié les initiatives pour compliquer l’exploitation du lieu. Une stratégie finalement suspendue par le tribunal administratif de Montreuil, qui a rappelé que la commune ne pouvait pas porter atteinte à la liberté du commerce sans fondement juridique solide. L’affaire a rapidement dépassé le simple contentieux local, le maire de Saint-Ouen assumant un combat contre la prolifération de la « malbouffe » et des enseignes standardisées.
Sur le fond, le sujet mérite d’être entendu. Effectivement, la multiplication des fast-foods transforme les centres urbains et participe à une forme d’uniformisation commerciale. De plus, la restauration traditionnelle souffre face à des modèles proposant des menus à emporter à des prix imbattables. Enfin, les nuisances olfactives et les questions de qualité de produits alimentent des inquiétudes parfaitement légitimes chez les riverains comme chez de nombreux commerçants.
Dans beaucoup de communes, les habitants expriment leur lassitude face à l’enchaînement de ses enseignes qui remplacent progressivement cafés, brasseries ou commerces indépendants. Mais un élu peut-il décider seul quels commerces ont le droit de s’installer selon ses préférences politiques, sociales ou esthétiques ? La réponse est non. Et le tribunal administratif l’a rappelé avec fermeté.
Une municipalité dispose pourtant d’outils légaux pour encadrer son développement commercial : urbanisme, droit de préemption, règles d’occupation de l’espace public ou encore politique de diversification des activités. Ces mécanismes permettent de fixer des règles claires et applicables à tous. Dans cette affaire, la méthode employée pose tout de même question. Installer des obstacles devant un commerce pour entraver son activité crée un précédent assez dangereux. Aujourd’hui une chaîne de poulet, et demain quel autre établissement jugé indésirable par une municipalité ?