Beaujolais : le Domaine Sapin, reflet des Pierres dorées
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Régulièrement primé lors de concours, le Domaine Sapin, en adaptant son vignoble au terroir, démontre que la région des Pierres dorées est en mesure de générer des grands beaujolais.
La cuvée Prestige du Domaine Sapin, à Val-d’Oingt (Rhône), faisait partie de la 4e sélection montmartroise des beaujolais, lors de la dernière édition organisée le 20 octobre, à La Bonne Franquette (Paris 18e), devant un jury composé de restaurateurs, de sommeliers et de journalistes. Depuis trois ans, cette opération conduite par l’Organisme de défense et de gestion (ODG), à l’instigation de Tristan Olphe-Galliard, permet de citer en exemple des vins de cette AOP dans les trois couleurs, en marge des crus. Une manière de rappeler que de simples beaujolais sont dignes des plus grandes tables. Et ce n’est pas la première fois que le Domaine Sapin est à l’honneur.
Régulièrement médaillé lors des concours de Villefranche-sur-Saône, Mâcon, ou l’International des gamays, il est très représentatif du nouvel élan qui anime le terroir des Pierres dorées, au sud de l’AOP. Ces mises en lumière montrent une nouvelle génération qui est en train de s’affranchir des fourches caudines du négoce pour écrire une nouvelle page de l’histoire d’une région vinicole qui mérite mieux que ses vins nouveaux.
À l’écoute du terroir
En 2013, associé à son cousin Mikaël, Cyril Sapin a pris la suite de son père et de son oncle. Auparavant, Cyril avait constitué un vignoble de 9 ha qu’il a uni au Domaine Sapin, détenu par sa famille depuis six générations. « Nos pères avaient déjà accompli un gros travail au niveau des vinifications et nous ont laissé un très beau chai, indique Cyril. Nous nous sommes concentrés sur la culture de la vigne. » Ainsi, beaucoup d’anciennes parcelles ont été arrachées pour être replantées avec des densités de pieds moins importantes et des palissages généralisés.
Plus à l’écoute de leur terroir, ces deux vignerons participent ainsi à l’émergence sur le marché des Pierres dorées. Cette zone méridionale du vignoble se nomme ainsi en raison de la couleur des pierres issues du sol qui constituent les maisons locales. Ses terres argilo-calcaires sont propices à l’essor de grands blancs. Pour autant, cette région très solaire est en mesure de produire de très beaux rouges sur des terres dominées par l’argile. Les vignerons locaux ont d’ailleurs entamé une démarche pour obtenir une dénomination spécifique : Pierres dorées.
Le respect du gamay
En replantant leur vignoble, les deux cousins, forts de cette lecture plus nuancée du terroir, ont adapté le positionnement des nouvelles parcelles de gamay et de chardonnay. Pour ce dernier cépage blanc, le domaine a multiplié sa superficie par dix en dix ans. Ils ont aussi diminué volontairement les rendements des vignes pour privilégier la concentration, en les maintenant dans une fourchette de 45 à 55 hl/ha, selon les millésimes.
Dans la cuvée Prestige rouge, vin haut de gamme du Domaine Sapin, Cyril et Mikaël parviennent à respecter le fruité du gamay tout en lui conférant de la structure, de l’ampleur et de la longueur en bouche grâce à des tanins souples obtenus par des élevages en fûts de un à cinq vins. Une démarche très spécifique dans l’appellation générique Beaujolais, comme l’explique Cyril : « Mon père et mon oncle n’avaient jamais laissé entrer la moindre pièce de bois dans le chai… » Le Domaine Sapin propose également cette cuvée Prestige en blanc avec le même élevage en fûts. Plus largement, la sélection de plusieurs vins issus des Pierres dorées par le jury montmartrois justifie les belles affaires à réaliser dans cette région. En effet, le prix de la cuvée Prestige rouge n’excède pas 11 € et le premier vin, Tradition, se négocie autour de 6,50 €.