Origine des produits : deux syndicats agricoles lancent un observatoire

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La FNSEA et le syndicat Jeunes agriculteurs ont présenté l’Observatoire de l’origine, à l’occasion du salon de l’agriculture. Cet outil fédère 21 acteurs du monde agricole, de l’alimentation et de les restauration hors domicile, et espère amener plus de transparence pour le consommateur.

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Franck Chaumès, président de la branche restauration de l'Umih, a témoigner du soutien du syndicat des restaurateurs à cette initiative. Crédit : Laura Duret

A l’occasion du Salon international de l’agriculture, la FNSEA et le syndicat Jeunes agriculteurs ont annoncé la mise en place d’un observatoire de l’origine des produits, le 23 février. L’objectif, en partenariat avec 21 partenaires, dont l’Umih, est « de passer de la parole aux actes », souligne Jordy Bouhancheau, élu référent alimentation de Jeunes Agriculteurs.

Alors qu’aucune obligation n’impose l’étiquetage des origines sur les produits, cet observatoire entend peser pour faire évoluer le niveau d’information des consommateurs. « Si nous voulons recréer de la valeur pour la production, l’étiquetage de l’origine est essentiel. Les signes officiels de qualité (Label rouge, AOP, IGP, etc., ndlr) ne suffisent pas, insiste Arnold Puech d’Alissac, président de la commission Chaîne Alimentaire de la FNSEA. Le contrat de confiance qui nous incombe se trouve renforcé si l’origine France est mentionnée, notamment pour lutter contre concurrence déloyale. »

L’Umih très enthousiaste, le SNARR à l’écoute

Le syndicat de la restauration est le premier à s’être porté signataire. L’Umih voit en effet dans cette observatoire une opportunité supplémentaire de défendre le fait-maison. « Chaque restaurateur fait ses choix pour son établissement, mais il y a clairement un problème de tarifs, estime Franck Chaumès, président de la branche restauration de l’Umih. Aujourd’hui, les produits français sont clairement plus chers que ceux venant de l’Union européenne. Nous demandons au Gouvernement d’arrêter de taxer les agriculteurs pour que, par répercussion, ils soient compétitifs. Les restaurateurs font face à un contexte difficile. Alors, même ceux qui veulent faire preuve de patriotisme dans leurs achats doivent équilibrer leur compte d’exploitation et d’arbitrer en conséquence. »

Le sujet de l’origine est en effet sous le feu des projecteurs de la restauration hors domicile également. En 2020, Metro France lançait sa charte Origine France, soutenue par 12 fédérations des filières agricoles et alimentaires. « En restauration hors domicile, l’origine n’est pas qu’un simple critère. C’est un facteur structurant, note Patrick Eychenie, secrétaire général de Metro France. Une enquête auprès de notre clientèle montre que l’origine France est un déclencheur d’achat pour 80 % des acheteurs en restauration traditionnelle, pour 65 % en restauration rapide. » L’impacte de la charte Origine France est également mesurable. En cinq ans, le grossiste indique que la part de produits français de boucherie a progressé de 5 points.

La restauration rapide défend également une posture volontariste. « Notre secteur est un client fidèle de la ferme France, appuie Esther Kalonji, directrice générale du Syndicat national de l’alimentation et de la restauration rapide. La quasi totalité des enseignes font de la localisation des produits une idée bien réelle. Certains produits et ingrédient sont souvent à 100 % français par nos commerces, pour les pommes de terre par exemple. Les enseignes leaders sont des moteurs pour tout le secteur et cela ruisselle sur les plus petits. Nous travaillons en majorité des produits de qualité, frais, sourcés. Les enseignes, quelle que soit leur taille, sont proches de leur bassin de vie et s’engagent pour l’agriculture selon leurs marges de manœuvre. »

Le consommateur en alerte sur le sujet

En 2024, la démarche Origin’Info était lancée par le Gouvernement pour amener davantage de transparence au consommateur. Sans caractère obligatoire, elle peine à se généraliser sur les emballages. Pourtant, l’information trouve un écho, selon David Garbous, président du collectif En vérité. « Nous constatons que l’encart Origin’Info est redoutablement efficace pour convertir l’achat vers le fabriqué en France. »

Un consommateur éclairé serait donc prêt à délaisser le critère du prix pour guider son choix. « C’est une erreur de penser que le consommateur cherche uniquement un prix. Lorsqu’on lui donne l’information, il l’utilise et il choisit. Sur les produits transformé, c’est différent, il n’a pas cette possibilité aujourd’hui. Les consommateurs veulent une information précise sur l’origine, énonce Olivier Andrault, chargé de mission alimentation et nutrition à UFC Que choisir. Nous demandons l’étiquetage précis aussi pour éviter une trop grande variabilité sur l’origine des produits-ingrédients utilisés dans les produits transformés. Il faut amener de la fiabilité. UFC Que choisir assume sa volonté de voir réduire le nombre de fournisseurs des industries agro-alimentaires. Nous avons constaté de grands efforts de transparence chez des grandes marques, d’autres ne jouent pas le jeu. L’affichage de l’origine est un choix politique des marques, ce n’est pas admissible. »

Un travail de fond

Les deux syndicats agricoles admettent que le chemin sera encore long. La démarche passera d’abord par un état des lieux par filière des pratiques et positionnement vis-à-vis de l’origine France. Les freins seront analysés pour identifier des leviers d’action pour mieux valoriser l’origine et la traçabilité. « Nous ne souhaitons pas imposer mais travailler d’après du déclaratif, en toute transparente », ajoute Jordy Bouhancheau.

Les partenaires1, parmi lesquels l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA), le groupement Système U et Intermarché ou encore Metro France, pointent de nombreux enjeux de convergence. « Le sujet de l’origine, pour nos entreprises agroalimentaire, se joue notamment sur la disponibilité des produits issus de l’agriculture françaises. Avec la FNSEA, nous devons développer ces filières pour permettre aux entreprises d’éviter les ruptures d’approvisionnement à certains moment de l’année qui empêche de communiquer efficacement sur le sourcing français », souligne la représentante de l’ANIA, rejoint en ce sens par Pascal Richez adhérent Intermarché et chargé des relations agricoles pour le Groupement Mousquetaires.

Les partenaires de l'Observatoire de l'origine
  1. Umih, Syndicat national de l'alimentation et de la restauration rapide, Metro France, Association nationale des industries alimentaires (ANIA), Coopérative U et Groupement Mousquetaires, Association des produits agricoles de France, Chambres d'agricultures, association en vérité, Confédération des grossistes de France, Les grossistes alimentaires de France, la Coopération agricole, le réseau Restau'co, le Syndicat national de la restauration collective, Geco Foodservice, Ilec, l'association UFC Que choisir, Pact'Alim.

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