Les Morainières décrochent leur troisième étoile Michelin

  • Temps de lecture : 4 min

À Jongieux, en Savoie, Les Morainières décrochent leur troisième étoile Michelin, consacrant le travail du chef Michaël Arnoult.

michael arnoult les morainières
La maison de Michaël Arnoult, Les Morainières, à Jongieux en Savoie, est la seule à accéder aux 3-étoiles dans le palmarès du Guide Michelin 2026. Crédit : Laura Duret

Installées à Jongieux, en Savoie, Les Morainières décrochent leur troisième étoile Michelin en 2026. Une distinction rare — la seule attribuée cette année — qui vient couronner près de vingt ans de travail pour Michaël et Ingrid Arnoult.

Depuis la reprise de cette ancienne bâtisse en 2005, le couple a progressivement imposé sa table comme une référence de la gastronomie savoyarde. Une première étoile en 2007, une deuxième en 2012, puis cette troisième aujourd’hui : une trajectoire construite dans la durée, sans accélération ni rupture.

À chaud, Michaël Arnoult évoque d’abord « de la joie » : « C’est mon premier sentiment. De la joie pour tout le travail engagé pendant toutes ces années, pour notre équipe qui s’investit pleinement chaque jour, et la joie aussi de pouvoir faire rayonner notre territoire. Aujourd’hui, on est dans un tout petit village, au milieu de nulle part. Notre intention n’a jamais été de rayonner seuls. On ne l’est pas. On est très entourés d’éleveurs, de pêcheurs, de producteurs, de notre équipe, et c’est comme ça qu’on a envie de rayonner. Les trois étoiles, c’est toujours collectif, ça n’a jamais été personnel. On travaille avec eux depuis plus de vingt ans, c’est une très belle aventure avec nos producteurs. »

Un pari d’isolement devenu signature

À l’origine, s’installer ici relevait presque de l’inconscience. Une ancienne bâtisse en pierre, isolée, sans passage, loin des grandes destinations gastronomiques.

Michaël Arnoult parle lui-même d’un « projet un peu fou ». Ce choix impose une exigence radicale : si les clients doivent venir jusqu’ici, alors il faut leur donner une raison irréfutable. Ce sera la cuisine.

Aujourd’hui, alors que Les Morainières décrochent leur troisième étoile Michelin, ce qui frappe reste la simplicité du lieu. Pas de décorum, pas d’effets. Une maison presque austère, où tout est concentré sur l’essentiel.

Une cuisine guidée par le territoire

Le parcours du chef éclaire cette démarche. Formé à Montargis, passé par l’Angleterre, puis marqué par son passage aux Flocons de Sel à Megève aux côtés d’Emmanuel Renaut, Michaël Arnoult construit progressivement une vision. Une cuisine qui regarde autour d’elle avant de regarder ailleurs. « Le luxe est de consommer ce qui pousse à côté de la maison », selon le chef.

Aux Morainières, cette idée prend corps dans chaque assiette. Les produits locaux ne sont pas un argument, mais un point de départ. Écrevisses, herbes, légumes, vins du territoire : tout s’inscrit dans une lecture sensible de la Savoie.

Si Les Morainières décrochent leur troisième étoile Michelin, c’est aussi pour cette capacité à faire exister un paysage dans une cuisine, sans folklore ni démonstration.

Une maison construite en couple

Depuis l’ouverture en 2005, Ingrid Arnoult assure la salle et participe pleinement au développement de la maison. Le projet s’est construit à deux, dans une répartition claire des rôles entre cuisine et accueil.

« On a une très belle clientèle. On est situés à un carrefour, à une heure d’Annecy, de Grenoble, de Lyon et de Genève. On dispose aussi de six chambres, ce qui permet d’accueillir des clients qui ne souhaitent pas forcément reprendre la route le soir », explique-t-elle.

Une organisation qui s’inscrit dans la continuité du projet. « L’obtention de cette troisième étoile ne va rien changer à notre manière de travailler. On va rester ce que l’on est, et continuer à faire ce que l’on aime. »

Cette stabilité se retrouve dans l’expérience proposée aujourd’hui : une cuisine exigeante, un service maîtrisé, sans recherche d’effet.

Une consécration fidèle à une ligne

Au-delà de la performance culinaire, cette troisième étoile vient récompenser une trajectoire cohérente. Depuis ses débuts, Michaël Arnoult défend une cuisine étroitement liée à son environnement et au travail des producteurs locaux.

Cette reconnaissance valide un positionnement resté constant au fil des années : une gastronomie de territoire, lisible, construite autour des saisons et des ressources immédiates.

Aux Morainières, le cadre comme l’assiette participent de cette même logique.

PARTAGER