La profession vent debout contre l’augmentation de la TVA
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Un amendement discret au Projet de Loi de Finances 2026 aurait pu fragiliser tout le secteur de la restauration. Néanmoins le texte a été rejeté, avant même l’abandon du Projet de Loi de Finances 2026. Le nouvel examen commencera en séance vendredi.
Parmi les quelque 1.521 amendements déposés par les députés dans le cadre de l’examen du Projet de Loi de Finances 2026 (rejeté dans la nuit du 22 au 23 octobre), l’un d’eux retient particulièrement l’attention des professionnels de la restauration. Déposé par Philippe Brun, député socialiste de l’Eure, l’amendement n° I-CF1164 propose de réformer en profondeur le régime de TVA dans la restauration. Actuellement fixée à 10 % (et à 5,5 % pour la vente à emporter), la taxe pourrait être différenciée selon le statut des établissements.
Le texte – finalement rejeté avant même la chute du Projet de Loi de Finances 2026 – prévoit d’instaurer un double taux de TVA : 5,5 % pour les restaurants titulaires du titre de Maître Restaurateur — soit environ 3.300 établissements — et 20 % pour tous les autres, soit près de 170.000 (chiffre Insee). Cela pourrait entrainer une augmentation immédiate des prix de près de 10 %, selon les organisations patronales du secteur.
La profession contre cette mesure
Le Groupement des Hôtelleries & Restaurations de France (GHR), la Fédération des Entreprises de la Boulangerie (FEB), le Groupement National des Chaînes Hôtelières (GNC), le Syndicat National de l’Alimentation et de la Restauration Rapide (SNARR) et les Traiteurs de France dénoncent unanimement une réforme jugée « injuste, déconnectée des réalités économiques et socialement explosive ».
Ensemble, ils rappellent qu’avec 180.000 établissements et plus de 1,1 million d’emplois, la restauration française est un pilier économique et social des territoires. Pourtant, le secteur est déjà sous pression. En cause, l’explosion du coût de l’énergie (+30 %), l’envolée des matières premières (+24 %) ou encore la revalorisation des minimas sociaux (+25 %). En outre, selon Xerfi, la rentabilité moyenne des établissements a baissé de 5,9 % à 2,7 % en deux ans. Tandis que 9.000 restaurants ont fermé au cours des douze derniers mois, d’après Altares.
Des répercussions sur toute la chaîne
Les conséquences d’un passage à 20 % de TVA pour la grande majorité des établissements seraient immédiates : hausse des prix de près de 10 %, recul de la fréquentation, mais aussi un impact direct sur le pouvoir d’achat des clients. D’après Gira Conseils, 61 % des Français fréquentent déjà moins les restaurants et 92 % constatent une baisse de leur pouvoir d’achat. La mesure pourrait ainsi provoquer une baisse du chiffre d’affaires de 7,5 milliards d’euros, une perte nette supérieure à 3 milliards, et menacer jusqu’à 40.000 restaurants et 42.000 emplois. Les répercussions toucheraient aussi l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Les agriculteurs et producteurs français pourraient perdre jusqu’à 2,5 milliards d’euros de revenus, selon les syndicats.
Pour les organisations signataires, cette réforme créerait une fracture profonde entre restaurateurs, ne bénéficiant qu’à 1 % d’entre eux au détriment de la grande majorité. Elles rappellent qu’une politique de valorisation de la qualité ne doit pas se faire au prix de la survie économique du secteur.
« Soutenir la qualité ne peut pas se faire au détriment de 99 % des établissements et de leurs salariés », affirment-elles d’une seule voix. Les fédérations appellent le gouvernement à préserver en priorité le pouvoir d’achat des Français, l’emploi et la vitalité économique des territoires, plutôt que d’ajouter un nouveau choc fiscal à une profession déjà fragilisée.