M. Chapoutier : Discretia, une percée dans les spiritueux
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Le producteur et négociant en vin M. Chapoutier se place encore davantage dans l’univers des spiritueux avec Discretia. Une liqueur jaune de plantes qui a notamment connu un élevage dans des demi-muids d’Hermitage blanc. Elle devrait être suivie de Discretia rouge dès l’année prochaine.
Un pas de côté. Deux ans après le lancement de sa cuvée Rouge Clair, le producteur et négociant en vins M. Chapoutier se révèle encore une fois imaginatif avec la liqueur jaune de plantes Discretia. Un projet en développement depuis presque 10 ans et malgré cela demeuré confidentiel.
Une histoire qui débute avec un livre offert par Michel Chapoutier à son fils Maxime Chapoutier. Un ouvrage d’Hildegarde de Bingen, figure de l’herboristerie durant le Moyen-Âge, qui se compose de recettes à base de plantes. « L’idée était de confectionner une liqueur à base de plantes, une “Chapoutreuse” », précise tout sourire Maxime Chapoutier, en un clin d’œil à la boisson des Pères Chartreux.
D’ailleurs, « la Chartreuse constitue une référence qui nous a poussé à aimer les plantes », poursuit-il. L’inspiration s’arrête là. Cette liqueur jaune présente un taux d’alcool moindre (40% vol.) et se compose de plantes des massifs des Alpes, du Diois et des Pyrénées, mais également d’épices du monde entier.
« Nous avons essayé de produire une liqueur de plantes très affirmée avec une large place accordée aux épices », explique le directeur technique qui représente avec sa sœur Mathilde Chapoutier, directrice commerciale, la huitième génération familiale dans l’entreprise. Et d’ajouter : « Nous n’avions pas la prétention de faire mieux que la Chartreuse, nous voulions proposer quelque chose de différent. La chaleur de l’épice apporte de la profondeur, du liant et une longueur en bouche. »
Le travail empirique de M. Chapoutier
De plus, pour ce projet hors vin, Maxime Chapoutier et ses équipes sont partis d’une page blanche. Ils ont tiré du livre d’Hildegarde de Bingen le principe directeur qui donne son nom à la cuvée : Discretia. Un mot d’origine latine qui signifie la juste mesure. M. Chapoutier a ainsi tenté de trouver le juste ingrédient, la juste extraction et la juste proportion. Un travail empirique qui a débuté par la sélection de plus de 100 plantes, avant un protocole de macération et de distillation pour chaque plante, en faisant évoluer les températures et les durées.
Nous avons essayé de produire une liqueur de plantes très affirmée avec une large place accordée aux épices.
Un processus qui a conduit à plus de 1.000 essais et plus d’une centaine de recettes. La liqueur a enfin connu un affinage dans de vieux demi-muids d’Hermitage blanc, en référence à l’appellation viticole et l’ADN de la maison, et en cuve inox.
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Par ailleurs, les équipes de M. Chapoutier ont élaboré Discretia à la manière d’un parfum. « Des notes de tête pour l’intensité, des notes de cœur pour la nuance et des notes de fond pour prolonger le plaisir de la dégustation », détaille Maxime Chapoutier. Précisément, le citron confit, la bergamote et la verveine forment les notes de tête, tandis que le fenouil, le cèdre, l’aubépine, le sapin et la gentiane correspondent aux notes de cœur. Aussi, les notes de fond se composent de camphre, de tabac blond et de muscade.
Une Discretia en cache une autre
La bouche révèle quant à elle une attaque citronnée que suit une texture ample, entre onctuosité et légers tanins. Vient alors une montée de chaleur aux notes de piments, d’épices et de vanille-tonka. La finale se révèle enfin longue et persistante, « marquée par des amers végétaux, des épices persistantes et une fraîcheur mêlant piment et cèdre », comme le souligne M. Chapoutier. Une liqueur jaune qui se consomme aussi bien pure que sur glace ou en cocktail avec simplement du tonic.
La maison a produit un premier batch de 1.000 bouteilles, mais annonce être en capacité de monter à 4.000 cols. Elle commercialisera officiellement Discretia, aux formats 70 cl et 300 cl, à partir du 14 février 2026, juste après le salon Wine Paris qui sera l’occasion d’un lancement aussi bien national qu’international, exclusivement à destination des CHR et cavistes, au prix public de 49 euros la bouteille de 70 cl.
Enfin, alors que la liqueur jaune n’est pas encore sortie, voici que Maxime Chapoutier annonce d’ores et déjà une liqueur Discretia rouge, avec un affinage dans des demi-muids d’Hermitage rouge. Une référence en rouge qui devrait sortir l’an prochain avec un positionnement différent de la jaune : « Nous voulions positionner la liqueur jaune comme en digestif, alors que la rouge est davantage sur l’apéritif. »
Après Discretia, une tequila M.Chapoutier d’ici 2030
La liqueur Discretia constitue seulement la deuxième excursion de la maison de vins dans les spiritueux, après le gin Sothis, exception faite des marcs et fines, qui « restent dans le prolongement du vin ». Mais Maxime Chapoutier ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Et pour cause, une partie de la production de liqueur repose dans des demi-muids pour un vieillissement prolongé afin qu’elle prenne la patine de l’élevage. Des liqueurs qui devraient connaître une commercialisation dans trois à quatre ans.
Ces nouvelles liqueurs devanceront une tequila qui devrait pour sa part voir le jour en 2030. La maison a en effet planté en 2018 de l’agave à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) et sur l’aire d’appellation côtes-du-rhône, comme une réponse au réchauffement climatique à cause duquel la culture de la vigne se révèle difficile dans ces zones.
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« Le monde des spiritueux nous a toujours fasciné. Nous avons envie d’y aller avec beaucoup d’ambitions », lâche Maxime Chapoutier. Des créations qui complèteront le catalogue déjà conséquent de M. Chapoutier, qui dénombre pas moins de 375 références de vin. Des choix poussés par la passion dans les spiritueux soutenus par la belle santé de l’entreprise qui a enregistré en 2025 une croissance de 7% de son chiffre d’affaires et une augmentation de ses volumes pour atteindre les 10 millions de bouteilles, contre neuf millions habituellement.