Au cœur de la campagne : à Lille, Violette Spillebout promet écoute et simplification

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À une semaine et demie du premier tour des élections municipales, Violette Spillebout, députée de la 9e circonscription du Nord et candidate Renaissance à la mairie de Lille, détaille ses propositions pour les CHR lillois. Au programme, une démarche de simplification mais également de l’écoute envers les professionnels du secteur. Ainsi que des mesures pensées pour dynamiser l’activité de la ville.

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Violette Spillebout, candidate Renaissance à la mairie de Lille. Crédit : équipe de campagne de Violette Spillebout.

Quelles dispositions prévoyez-vous au sujet de l’implantation des terrasses permanentes et éphémères ? Comptez-vous revenir sur les autorisations délivrées par la précédente mandature ?

Nous prévoyons une simplification des démarches. C’est actuellement le parcours du combattant pour obtenir une autorisation de terrasse et même pour comprendre l’ensemble des contraintes imposées par la charte lilloise des terrasses qui, pour une grande partie, sont soit illisibles, soit trop contraignantes. Je pense par exemple aux matériaux pour entourer les terrasses fixes. Je souhaite à la fois simplifier administrativement, assouplir les règles pour permettre aussi bien le développement des terrasses permanentes que des terrasses éphémères sur des places de stationnement en face d’établissements.

En parallèle, comme je mets en place un manager du commerce dans chacune des artères commerçantes qui sera le fonctionnaire municipal à l’écoute des commerçants et qui sera sur le terrain, c’est lui qui se déplacera chez les commerçants pour faire les démarches. Je veux une fluidité totale de ce type de démarche. Un commerçant qui est seul dans sa boutique ou avec un seul salarié ne peut pas passer des heures à un service urbanisme pour ses autorisations.

Il n’y a pas de règle concernant les autorisations précédemment délivrées parce que nous pourrions revenir dessus s’il y avait un problème de nuisance nocturne. Mais ce sont des cas que le conseil de la nuit examine, instance que je renforcerai en la transformant en conseil du commerce et de la nuit. Quand il y aura des procédures disciplinaires liées au non-respect des règles, nous pouvons alors tout à fait imaginer des modifications d’autorisation. Mais ce sera dans le cadre d’une discussion transparente et concertée avec les unions commerciales et les syndicats.

Que prévoit votre programme concernant la collecte des déchets pour les professionnels des métiers de bouche (rythme, horaires des tournées, dispositions de tri, tarification incitative pour la réduction à la source…) ? Quelles mesures envisagez-vous s’agissant des biodéchets ?

Il faut faciliter l’accès aux contrats professionnels aux nouveaux commerçants. Cela fera partie d’une batterie d’aides que je mettrai en place pour l’installation de nouveaux commerces à Lille, parce que nous constatons qu’il y a une grande fragilité de tous ceux qui tentent de s’installer à Lille, et qui, au bout de deux ans, déposent le bilan pour différentes raisons aussi bien administratives que financières. L’aide à l’installation de commerçants peut se traduire par un prix modéré pour le contrat professionnel dans les deux premières années.

Par ailleurs, je remettrai en place au niveau du service propreté des équipes de rue, pour le balayage de rue et le ramassage de déchets encombrants. Je veux un centre-ville et des rues commerçantes beaucoup plus propres.

Nous avons un certain nombre d’acteurs de la filière de des biodéchets qui sont prêts à travailler avec les commerçants. Il y a tout à faire parce qu’aujourd’hui, il n’existe pas de politique lilloise de récupération des biodéchets chez les professionnels. Je veux donc coconstruire avec ces derniers et notamment avec l’Umih, qui propose des aides pour ces sujets-là. Il faut sensibiliser les commerçants, leur proposer des contrats adaptés. Il y a donc tout un travail de coopération à construire.

Comment comptez-vous lutter contre la monoactivité dont souffrent certains quartiers ou certaines rues s’agissant des commerces de restauration ? Quelle place pour la préemption commerciale dans votre stratégie ?

La première chose est la création d’une foncière commerciale municipale qui permettra, dans certaines artères commerciales, pas seulement dans le centre-ville, de préempter des espaces pour les relouer à des commerces choisis en fonction de l’activité qu’ils apporteront à la rue. Il s’agit d’un sujet qui existe dans une soixantaine d’autres villes de France mais que Lille n’a pas saisi. Nous regrettons que le maire de Lille, pendant le dernier mandat, et malgré nos appels, n’ait pas créé cette foncière parce que c’est aujourd’hui l’outil municipal qui permet la diversification des linéaires commerciaux.

De la même façon, avec le conseil lillois du commerce, l’idée est d’y associer par exemple les agences de l’immobilier commercial qui ont une visibilité sur les pas de porte qui vont se libérer et les porteurs de projets qui voudraient installer un commerce. Il y a tout un travail de préparation pour favoriser l’installation d’un commerce dans une rue, un travail qu’aujourd’hui ne maîtrise absolument pas la ville parce que celle-ci n’a aucun dialogue avec ceux qui font le dynamisme commercial de Lille.

Beaucoup de candidats à Lille partagent l’idée de la création d’une foncière commerciale. Concrètement, quel dispositif comptez-vous mettre en place ? Par ailleurs, que pensez-vous du principe d’encadrement des loyers commerciaux ?

Selon moi, il faut compter au minimum 10 millions d’euros de la ville, auxquels s’ajoutent des financements de l’État et de l’Europe. À la différence du maire actuel, j’irai chercher des fonds européens que la ville de Lille ne va pas du tout chercher pour tous les projets de dynamisation lilloise.

Le sujet de l’encadrement des loyers commerciaux est un sujet national, et non pas un sujet de maire de Lille. Le maire de Lille actuel, et Martine Aubry avant, doivent en être à la cinquième lettre qu’ils écrivent à un Premier ministre pour demander l’encadrement des loyers commerciaux. C’est tout ce qu’ils font. Ils ont pourtant des parlementaires dans leur conseil municipal. Ils ne leur ont jamais fait porter aucune action politique au Parlement sur le sujet des loyers commerciaux.

En tant que députée, j’ai déposé une proposition de loi sur l’augmentation de la taxation des locaux commerciaux vacants parce que cet outil existe, mais il n’est utilisé à la métropole et à Lille. La taxe existante se déclenche au bout de deux ans dans le dispositif législatif actuel, ce qui est trop long. Il faut qu’elle se déclenche au bout de six mois. J’ai déposé cette proposition de loi et je veux qu’elle puisse passer en 2026. J’ai également déposé une proposition de loi sur le plafonnement de l’indice des loyers commerciaux parce qu’une loi d’urgence a existé pendant deux ans et qu’aujourd’hui le plafond n’existe plus.

Nous pouvons également imposer dans le plan local d’urbanisme (PLU) des périmètres de diversité commerciale. Nous avons regardé ces sujets-là avec tous les commerçants lillois que j’ai rencontrés. Il semble que ce soit déjà le cas à la Métropole Européenne de Lille (MEL), mais que ce ne soit pas appliqué. Ce sont des sujets assez techniques sur lesquels je reviendrai.

Quels engagements prenez-vous vis-à-vis des entreprises sur les impôts et taxes suivantes : cotisation foncière des entreprises (CFE), cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), taxe foncière, redevances de terrasses, taxe sur la publicité extérieure ?

Aucune augmentation d’impôt. La CFE est plutôt du ressort métropolitain si je ne me trompe, mais bien sûr, aucune augmentation d’impôt de notre côté. Sur la publicité, c’est peut-être un sujet sur lequel il pourrait y avoir des variations, mais pas sur les terrasses.

Quelles limites souhaitez-vous poser concernant les nuisances sonores liées aux activités de restauration ? Comment envisagez-vous les relations entre les forces de l’ordre municipales et les CHR ? Les agents seront-ils sensibilisés aux particularités de ces métiers ?

Je ne veux pas être plus contraignante que ce qui existe aujourd’hui. Je crois qu’il existe aujourd’hui d’importantes contraintes pour les commerces lillois, on les ferme plutôt qu’avant. Surtout, il y a une politique perçue comme injuste et peu transparente, un peu à la tête du client pour tout vous dire. Donc je vais surtout rétablir de la justice et de la transparence dans les décisions prises sur les rues et les autorisations de fermeture tardive.

Nous proposons un programme ambitieux sur la sécurité, qui prévoit de recruter des policiers supplémentaires et de les armer pour agir sur le narcotrafic, le trafic d’armes, le risque terroriste à Lille. Il y a actuellement un sous-dimensionnement des équipes de police municipale à Lille. Mais il y a aussi une mauvaise orientation des missions de la police municipale qui aujourd’hui ne fait que du contrôle assez coercitif des commerçants lillois sans un travail de prévention ou de pédagogie.

Par exemple, vous avez la police municipale qui vient contrôler une terrasse en plein service, devant les clients. Avec moi, cela n’aura jamais lieu, je respecte ce que font les commerçants et les artisans de notre pays. Ce sont des pratiques qui sont honteuses et qui ne sont pas liées aux policiers municipaux eux-mêmes, mais aux consignes politiques qu’on leur donne. De mon côté, ce seront des contrôles transparents, justes. Bien sûr, s’il y a un délit répété ou des signalements répétés, il peut y avoir des cas particuliers. Quoiqu’il en soit, nous aurons une police municipale de prévention et d’échange.

En plus de cette police municipale armée qui sera là pour agir dans les quartiers, il y aura des brigades de tranquillité publique qui s’occuperont des sujets de stationnement mais aussi de relations avec les habitants et les commerçants.

Quelles mesures souhaitez-vous prendre pour réguler les meublés de tourisme ? Quels moyens de contrôle allez-vous mettre en place ?

Rester à 120 jours par an à Lille, c’est bien parce qu’il y a beaucoup de Lillois qui vivent aussi du Airbnb. En revanche, je vais être beaucoup plus ferme sur le contrôle, notamment avec les moyens renforcés de police municipale et de brigade, mais aussi avec l’utilisation des data des hébergeurs parce qu’aujourd’hui il y a un certain nombre de data issues des plateformes qui sont à la disposition des villes pour faire du contrôle systématique. Aujourd’hui, Lille est à l’âge de pierre sur le plan du numérique et du contrôle du numérique. Or, le numérique est un vrai outil pour aller ensuite contrôler physiquement l’ensemble des appartements. Je pense qu’il faut une alliance entre la brigade qui va aller contrôler et l’outil numérique.

De quelle manière votre politique en matière de transport sera-t-elle favorable à l’activité des CHR ? Prévoyez-vous d’agir sur le stationnement ? Du point de vue du logement, que prévoit votre programme pour faciliter l’accès aux logements de centre-ville pour les métiers en tension (dont les CHR) ?

Les places de stationnement gratuites pendant deux heures via un processus digitalisé et un ticket du restaurateur, les places shop and go pour le commerce avec une heure gratuite. Il y a également la baisse du tarif de stationnement et le stationnement résident à 10 euros par mois pour toute la ville. Il faut une politique de stationnement qui permette à un Lillois, qui habite par exemple à Fives, de venir dans le centre-ville avec son abonnement de stationnement. Aujourd’hui, il paie son abonnement 25 euros par mois devant chez lui, mais s’il vient dans le centre-ville, il doit à nouveau payer le stationnement, ce qui constitue un frein à l’activité économique.

Aussi, le stationnement salarié gérant qui est très important parce qu’aujourd’hui, il y a un problème de recrutement de nos CHR à cause des difficultés de mobilité. Nous aurons donc un abonnement à 15 euros par mois pour les salariés qui seront déclarés par le chef d’entreprise comme nécessitant un véhicule.

Bien sûr, nous prévoyons une politique de transport en commun beaucoup plus importante qu’aujourd’hui avec un métro qui fonctionne et des mini-navettes électriques pour ramener les gens au centre-ville ou dans les rues commerçantes facilement, puisqu’il y a une politique de stationnement qu’il faut compenser avec une offre de transports en commun plus importante.

Nous prévoyons un grand projet au port de Lille avec la création de 1.500 logements pour les familles et les salariés. L’idée est d’avoir du logement qui ne soit pas toujours uniquement du logement social, qui est très développé à Lille, mais d’avoir également du logement famille salarié, pour les familles monoparentales ou les personnes seules.

Quels moyens et dispositifs souhaitez-vous déployer pour favoriser l’attractivité touristique de la ville ? Quel fléchage budgétaire envisagez-vous pour la taxe de séjour ?

L’attractivité d’une ville, c’est d’abord sa réputation. Aujourd’hui Lille représente la troisième ville la plus dangereuse de France. La réputation, c’est l’ensemble de la politique d’un maire, ce n’est pas seulement une politique d’attractivité. Il faut une ville sûre où les touristes se sentent bien accueillis quand ils arrivent, une ville propre, ce qui n’est pas du tout le cas de notre coeur de ville. Aussi, une ville éclairée la nuit où il y a une offre de vie nocturne riche et puis une politique de congrès à développer avec Hello Lille, l’office de tourisme métropolitain.

Je mets en place un office de tourisme métropolitain qui sera dans le Vieux-Lille, avec un centre d’interprétation du patrimoine, de l’histoire de Lille et de son avenir, qui s’appellera Le Phare.
Concernant la taxe de séjour, l’idée est le statu quo. Pour l’instant, nous avons dit qu’il n’y aurait aucune augmentation d’impôt. Je ne crois pas que nous allons faire évoluer les choses par la taxe. Il faut absolument que les hôtels, restaurants, et cafés soient écoutés de la ville de Lille. C’est ça la priorité, ce n’est pas d’augmenter les taxes.

Quel dernier message souhaitez-vous adresser aux professionnels lillois des CHR ?

Les CHR représentent la vie des quartiers et le lien social. Les cafés sont en voie de classement au patrimoine de l’Unesco. Ce n’est pas pour rien, ce sont des lieux de convivialité, de lutte contre l’isolement qui sont essentiels dans une politique publique. Selon moi, un café, un hôtel ou un restaurant, ce n’est pas seulement un acteur économique privé qui n’a rien à voir avec la ville. À l’inverse, il fait partie de la vie de la ville et doit être respecté pour les risques qu’il prend, les difficultés qu’il a.

Nous savons que ce n’est pas simple au niveau national pour ces entrepreneurs. Ils doivent être aidés à travers non seulement un conseil du commerce et de la nuit qui sera équitable, transparent sur toutes les autorisations municipales, mais aussi pour les recrutements et les relations aux administrations comme l’Urssaf ou France travail. Ce dernier point, je le ferai à travers un club d’entrepreneurs lillois dans lequel les CHR auront toute leur place et pourront accéder aux jeunes qui cherchent un emploi, être acteurs de la formation, être acteurs de la ville parce qu’ils en sont des contributeurs importants.

Propos recueillis le 27 février 2026, par téléphone.

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