Plaimont : guérir la viticulture par les cépages oubliés

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Pour s’adapter au dérèglement climatique et à l’évolution de la consommation, la coopérative du Piémont pyrénéen et de Gascogne Plaimont mise sur les cépages oubliés.

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Olivier Bourdet-Pees, le directeur général de Plaimont, lutte avec passion pour la redécouverte des cépages oubliés. Crédit : Aurélien Peyramaure - Au cœur du CHR.

Le dérèglement climatique et l’évolution de la consommation ne riment pas avec fatalité pour la cave coopérative du Piémont pyrénéen et de Gascogne. Plaimont se montre en effet ambitieuse et proactive face aux immenses enjeux qui touchent la filière vitivinicole, grâce sa botte secrète : les cépages oubliés. Et pour cause, elle représente le porte-étendard des vins de la région en regroupant 500 familles de vigneron pour 4.800 hectares de vignes sur un territoire en compte 20.000. Et ce, avec deux zones principales. D’une part, du côté des appellations du Piémont pyrénéen avec les AOC saint-mont, madiran, pacherenc-du-vic-bilh et jurançon-sec. D’autre part, en IGP côtes-de-gascogne, qui représente deux tiers de ses volumes.

Olivier Bourdet-Pees, le directeur général de Plaimont, se montre particulièrement combatif sur le sujet, n’hésitant pas à appeler au sens du « collectif pour essayer d’inventer l’avenir ». Et ce, face au « pari d’hier » qui tient difficilement la confrontation avec « les challenges climatiques de production énormes et ceux colossaux liés aux attentes sociétales qui évoluent ».

L’enjeu est l’adaptation, par de nouveaux cépages, de nouvelles façons d’adapter notre viticulture.
Olivier Bourdet-Pees, directeur général de Plaimont.

Pour tenter de répondre à cette crise, Olivier Bourdet-Pees ne souhaite pas opter pour la solution couramment utilisée. « À chaque fois que l’on prend un mur, on fait appel à la technologie et on touche ensuite à un problème plus grave encore. L’enjeu est l’adaptation, par de nouveaux cépages, de nouvelles façons d’adapter notre viticulture », estime en effet le directeur général de la cave coopérative.

Le tardif, l’illustration des cépages oubliés retrouvés par Plaimont

Le cépage, cet outil du vigneron, occupe en effet une place centrale dans la stratégie de Plaimont. Une importance qui se concrétise par l’existence d’un conservatoire privé de cépages et de l’Atelier des cépages. ce dernier a germé dans l’esprit de l’équipe de la coopérative il y a 15 ans et a vu le jour il y a environ cinq ans. Ce chai de vinification – avec des micro vinifications allant d’un hectolitre à 50 hectolitres – « invente des solutions qui permettent d’entrevoir l’espoir de répondre aux enjeux actuels et à venir », explique Christine Cabri, l’œnologue de Plaimont.

Dans les années 1950, 20 cépages représentaient 52% du vignoble français tandis qu’aujourd’hui ils représentent 92% de la surface.
Olivier Bourdet-Pees, directeur général de Plaimont.

Concrètement, la structure cherche à rendre de nouveau vivants des cépages oubliés ou disparus. Sur ce terrain, le Sud-Ouest ne manque pas de propositions, « la région représentant 10% du vignoble français mais 50% des cépages tricolores », indique Olivier Bourdet-Pees. Et d’ajouter : « Dans les années 1950, 20 cépages représentaient 52% du vignoble français tandis qu’aujourd’hui ils représentent 92% de la surface. » Découvrir ou plutôt redécouvrir des variétés de raisin permettrait ainsi une plus grande diversité du vignoble. Mais aussi, de répondre aux attentes actuelles des consommateurs de vins et de s’accommoder des effets du dérèglement climatique.

Dans ce cadre, l’exemple le plus éloquent est sans nul doute celui du tardif. « Nous avons retrouvé deux pieds dans une parcelle du XIXe siècle. Au départ, nous ne l’avons pas identifié. C’est en 2008 que nous avons découvert qu’un vigneron l’avait introduit en 1840 sous le nom de tardif. Mais nous n’avons aucune information, nous repartons de zéro », détaille le directeur général. Un travail d’enquêteur qui a conduit à étudier le comportement physiologique du cépage en question avant de tenter des vinifications de 2008 à 2015 pour, là encore, vérifier ses aptitudes. Finalement, le tardif se révèle « très frais, digeste et sur l’aromatique », ajoute-t-il.

Le lancement du Cercle des cépages vivants

Mais une fois ramené à la vie dans la culture, encore fallait-il donner au tardif une existence administrative. L’année 2017 a alors vu son inscription au catalogue national des cépages. Plaimont a ensuite bataillé avec l’Inao pour l’introduire dans le cahier des charges de l’AOP saint-mont. Chose faite en 2024, preuve que la patience est sans doute la plus belle des qualités du vigneron. La coopérative présente aujourd’hui la cuvée Cépages d’auteurs en millésime 2024, dans l’appellation saint-mont, qui résulte de l’assemblage de deux tiers de tannat et d’un tiers de tardif. Ce dernier, par sa fraîcheur, venant contrebalancer le tannat.

Le travail sur les cépages oubliés reste immense pour Plaimont, aussi bien au niveau de la vigne qu’auprès de l’Inao pour que cette institution accepte de faire évoluer les règlementations, notamment celle sur les cépages interdits. Ces derniers comprennent en particulier ceux issus de vignes femelles. Plaimont a tout de même tenté l’expérience avec la cuvée Né sous XX, un assemblage de pedebernade 5 et de dubosc 1… non commercialisable.

Enfin, la coopérative du Piémont pyrénéen et de Gascogne poursuit sa quête avec désormais le lancement du Cercle des cépages vivants, un fonds de dotation afin de soutenir l’étude et la remise en valeur des cépages oubliés. « Il va falloir se regrouper pour avancer plus vite sur ces challenges. La viticulture est en danger, nous devons apporter des solutions », conclut Olivier Bourdet-Pees.

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